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MessagePosté: Jeu 27 Sep 2012 17:45 
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Index:

I - Les Marvel Graphic Novels:

Les indispensables:
-Starstruck (of course, pour... tout)
-Greenberg (DeMatteis à son meilleur)
-Heartburst (un grand poème psychédélique sur le pouvoir de l'amour... non, ne fuyez pas!!)
-Daredevil: Love & War (Miller & Sienkiewicz)
-X-Men: God Loves Man Kills (La moelle des X-Men de Claremont en un seul bouquin)
-A Sailor's Story (Beau, simple, touchant comme du Ennis à son meilleur)
-AX (Ernie Colon est un dieu, point!)
-A Sailor's Story II (Les mêmes qualités que le premier)
-Rio Rides Again (De l'excellent western par un maitre du dessin)
-Spider-Man: Spirits of the Earth (Ca aurait plus sa place dans les excellents mais j'ai un attachement particulier à ce récit)

Les excellents:
-Elric (l'une des meilleures adaptations de Thomas et pour la tuerie graphique)
-Raven Banner (principalement pour l'orgasme rétinien à chaque page et le souffle mythologique aussi quand même)
-Spiderman: Hooky (une débauche graphique du maitre de l'horreur et une histoire moins hors-propos qu'on pourrait croire)
-Death of Captain Marvel (pour le temps où la mort d'un super-héros avait du sens et pour le traitement sans fard du dernier voyage)
-Dracula (une vision très personnelle mais très respectueuse du mythe et des planches de toute beauté)
-Hulk & The Thing (Du délire total à en souiller tous ces pantalons de rire)
-Inhumans (Intelligent, beau, poétique, Nocenti. La classe, quoi!)
-Arena (Une jouissive nouvelle naviguant entre thriller, fantastique, SF et chronique intimiste)
-Doctor Strange & Doctor Doom (Dans un monde parfait les comics de superslips ressembleraient tous à ça)
-Wolverine: Bloodlust (Alan Davis, nuff said!)

Les très bons:
-Star Slammers (du space op classique mais superbement exécuté et puis les dessins de Simonson, nuff said!!)
-Sword of the Swashbucklers (du travail d'artisans fait avec amour)
-Revenge of the Living Monolith (du blockbuster de slips totalement décomplexé)
-Conan the Reaver (principalement pour l'immense Severin à l'oeuvre sur de la grande aventure)
-The Shadow (O'Neil et Kaluta restent la référence dès qu'il s'agit du Shadow version BD)
-Cloak & Dagger: Predator (Graphiquement mitigé (même si prometteur) mais peut-être le meilleur travail de Mantlo sur ses chouchous)
-Silver Surfer: Judgement Day (Beau, beau, beau et même Lee s'avère lisible si on ne s'est pas fadé d'autres trucs du Surfer avant)
-Nick Fury & Wolverine (Un blockbuster dessiné par l'un des meilleurs)
-Conan: The Skull of Set (Une ambiance qui tranche un peu avec le Conan classique mais c'est aussi ça qui est appréciable)
-Roger Rabbit: The Resurrection of Doom (Un graphisme un cran en dessous du premier mais un histoire inédite très agréable)
-Silver Surfer: The Enslavers (Le cosmique sans les pleurnicheries habituelles)
-Ka-Zar: The Guns of the Savage Land (Jouissif d'esprit punk mais à déconseiller aux fans de Ka-Zar)
-Conan the Rogue (Buscema en toute liberté)
-Conan: The Ravagers of Time (Un crossover réussi et épique comme il faut)

Pour tuer le temps:
-Dreadstar (car même si ça se laisse lire c'est quand même bof bof)
-Super Boxers (sans prétentions et agréable à défaut d'être original ou génial)
-Killraven (un Russell aux expérimentations maladroites et un Mc Gregor à l'écriture typiquement 70s (et difficilement compréhensible pour ceux n'ayant pas suivi la série))
-Futurians (un Cokrum qui recycle les recettes qui firent son succès... probème, ça se voit)
-Void Indigo (Gerber est toujours aussi intéressant mais les dessins de Mayerik sont un peu ingrats)
-Hercules (La magie des deux premiers opus n'opère plus du coup ça ne dépasse pas un épisode Marvel moyen)
-Punisher: Assasin's Guild (moui bon, du Pupu comme on peut en lire par pelletées à l'époque)
-Kull (Pas mal pour s'initier à cet univers mais pas plus)
-Cloak & Dagger: Shelter from the Storm (Des moments bien "mantloesques" mais rien de nouveau sous le soleil)
-Conan: The Horn of Azoth (Moins nanardesque que le film mais pas transcendant non plus)
-Punisher: Kingdom Gone (Pour les fans de la team Golan/Globus)
-Punisher: Blood on the Moors (Dépaysant et sans prétentions)

Ceux qui se sont trompés d'auberge:
-New Mutants (juste là pour la pub)
-Aladdin Effect (nul)
-She Hulk (ouais c'est joli mais c'est mal construit et puis bon, mieux vaut lire la série régulière qui viendra plus tard)
-Conan: the witch queen of acheron (du fill in en grand format)
-Alien Legion (comme pour New Mutants)
-Emperor Doom (Un pitch orgasmique qui se dégonfle pire qu'un soufflé au fromage)
-Thor (Efficace en cas de pénurie de somnifères)
-Iron-Man: Crash (rien ne vieillit plus vite que la modernité)
-Conan of the Isles (peut-être le travail le plus chiant des deux auteurs sur Conan)
-Spider-Man: Parallel Lives (Seulement pour les "watsonophiles" car sinon vraiment trop moyen entre une 3ème partie ratée et Alex Saviuk)
-Squadron Supreme: Death of a Universe (Le problème habituel du mainstream: donner une suite à ce qui n'en a pas besoin)
-Black Widow: The Coldest War (Un "bel" accident de parcours)
-Deathtrap: The Vault (à prendre seulement en cas de pénurie de somnifères)

Les problématiques:
-Marada (des planches superbes mais un Claremont en roue libre dans ses fantasmes les plus troubles)
-Doctor Strange: Into Shamballa (un Dan Green surprenant mais un DeMatteis en plein délire new-age)
-Willow (pas mauvais (pas transcendant non plus). Mieux vaut regarder le film, non?)
-Who Framed Roger Rabbit (graphiquement superbe mais le même constat que pour Willow s'impose)
-The Dreamwalker (des idées, un grand dessinateur mais des scénaristes trop débutants pour rendre le tout passionnant. Dommage)
-Neuromancer (bien exécuté mais souffre des défauts de l'oeuvre originale dont il n'adapte que les deux premiers chapitres de surcroit)
-The Agent (Deux bons tiers (voire excellents) malheureusement escamotés par la conclusion)
-Wolverine: Bloody Choices (Du beau Buscema qui sert malheureusement un scénario putassier)
-Silver Surfer: Homecoming (flatteur pour l'oeil mais plus plat que l'encéphalogramme d'un chat écrasé
-Punisher & Black Widow: Spinning Doomsday's Web (90s! Nuff Said! Malgré Stroman!)
-Daredevil & Black Widow: Abattoir (+ 15 sur l'échelle de B4! Malgré Chiodo)

Les nanards (donc indispensables):
-Dazzler: the movie
-Wolpack
-Punisher: Intruder (pour une scène)
-Excalibur: Weird War III (le concentré des 90s en plus court que The Crossing ou la saga du clown)
-Spider Man: Fear Iself (un grand âge donne une grande sénilité)

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Dernière édition par Winnetouch le Lun 26 Jan 2015 00:52, édité 18 fois.

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MessagePosté: Jeu 27 Sep 2012 19:32 
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Préambule

Et voilà un nouveau topic tout beau tout neuf pour parler de vieilleries empoussiérées :lol:

Mais pourquoi ce titre ô combien cryptique me direz vous ?

Et bien tout simplement parce que je compte parler ici de ces collections parallèles publiées par Marvel et DC dans les années 80 (même si je vais déborder sur les années 70 et 90 par moments) qui n'eurent que peu de rapport avec les super-héros purs et durs (même s'ils surgiront ici et là vu leur importance dans le marché américain) et qui subirent les influences conjuguées de la bande-dessinée française (et plus largement européenne et même manga) et d'un certain pan des comics qui occupa une grande part du marché dans les années 70.

Contrairement aux mois spéciaux, je ne vais pas adopter ici un passage en revue véritablement chronologique mais m'axer sur les différentes collections de Marvel et DC en partant de celles qui entretiennent le plus de liens avec les superslips en m'en éloignant progressivement (enfin surtout Marvel parce que j'en ai plus dans mon grenier et que j'ai plus d'infos :lol: mais si un des Dcphiles du forum a des infos ou une liste détaillée afin de faire évoluer ce topic, je suis intéressé ;) ).
Je pense traiter tout cela dans cet ordre :

1- la collection Marvel Graphic Novels (+ sa branche UK)
2- ses deux éphémères rivales, les collections DC Graphic Novels et DC Science-Fiction Graphic Novels
3- Epic Illustrated (le magazine, donc)
4-la collection Epic

et peut-être :

5- la revue qui fut en grande partie à l'origine de tout cela, Heavy Metal (si j'ai le temps et si j'arrive à compléter ma collection :lol: ) (Et puis Star*Reach aussi, tiens).

Mettons l'histoire de Heavy Metal de côté pour l'instant et commençons donc part parler de Marvel et d'un triumvirat de personnes qui eurent une grande importance dans cette évolution chez les deux
majors.
Au premier rang, on trouve l'editor-in-chief Jim Shooter qui est en train de revitaliser la compagnie tout en orchestrant la mutation de celle-ci en une véritable entreprise.

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A la fois intéressé par le côté artistique et par le côté purement économique, il tenta durant un grande partie de sa carrière de résoudre cette éternelle contradiction quitte à s'y brûler les ailes et à se mettre une grande partie des acteurs du marché américain à dos, sa personnalité pour le moins controversée venant aussi mettre du poids dans la balance de ses ennemis.
Malgré un côté control freak qui tournera parfois à la dictature, il faut lui reconnaître une certaine vision du marché qui l'emmena à savoir saisir différentes vagues artistiques et commerciales et lui permirent de faire totalement de Marvel (à cette époque) l'acteur qui domine le marché d'une ombre qui peut parfois faire oublier la forêt qui se cache derrière l'arbre.

De ce point de vue, et malgré les côté moins reluisants de sa personne, il faut reconnaître que Shooter est (à cette époque?) un homme qui sait reconnaître les tendances artistiques intéressantes et les intégrer dans la compagnie dont il a la charge, réussissant ainsi à donner une certaine hétérogénéité et qualité au catalogue de Marvel.
De même, il sait alors tirer parti des parcours et des qualités des personnes qui l'entourent afin de servir au mieux les différents titres et collections de la compagnie.
On peut par exemple citer Tom DeFalco...

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DeFalco sort alors tout juste d'un long parcours éditorial chez Archie Comics où, outre la série principale, il a aussi touché a beaucoup de séries sous licences et/ou multimédia telles que Scooby-Doo ou Josie & the Pussycats.
Nulle surprise donc à ce qu'on le voit écrire ou oeuvrer en coulisses sur des titres tels que Dazzler, Star Wars, les Star Comics, les Transformers (brièvement), G.I. Joe , Red Sonja ou encore Spider-Man sous le règne de Shooter (tous ces titres étant alors sous licences ou largement adaptés sur d'autres supports).
(les comics sous licence publiés chez Marvel sont une autre mine inépuisable pour un autre topic)(auquel je m'attellerais peut-être un jour)(ou pas :lol: )

Mais on peut aussi du regretté Archie Goodwin...

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Marqué depuis sa plus jeune enfance par les EC Comics, Goodwin ne cessa de maintenir vivant tout un pan de la bande-dessinée américaine, tout ce qui découle du pulp (polar, horreur, science-fiction, aventure, espionnage... ) durant la majeure partie de sa carrière. Commençant chez Harvey Comics, il fut ensuite le maître d'oeuvre des magazines Creepy, Eerie ou blazing Combat chez Warren (où il créa aussi une certaine petite vampire). Il fut aussi en charge des titres « guerriers » de DC dans les seventies et écrivit longtemps le strip d'un de ses maîtres, Secret Agent X-9.
Bénéficiant du respect de la profession entière et étant en contact avec les plus grands, il s'avère capable d'attirer même les auteurs rétifs à travailler chez Marvel dans ses filets.
C'est ainsi qu'on retrouve Goodwin sur Star Wars mais aussi et surtout sur Epic Illustrated et la ligne qui en découla.

Troisième personnage important dans l'organigramme éditorial du Marvel de l'époque et qui nous permettra d'enfin rentrer dans le vif du sujet : Al Milgrom.

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Milgrom possède un parcours protéiforme puisqu'il toucha autant au poste d'editor que de scénariste, de dessinateur ou encore d'encreur. Il toucha autant au pur superslip (Captain Marvel ou bien Firestorm) qu'à des genres le rapprochant plus de Goodwin (avec qui il travailla chez Warren) comme lors de ses passages chez Charlton ou Atlas/Seaboard.
Et finalement, cela se reflète aussi dans sa carrière éditoriale puisqu'il eu en charge la joyeusement bordélique (mais de qualité) anthologie Marvel Fanfare ou, donc, la très polymorphe collection des Marvel Graphic Novels.


I – Marvel Graphic Novels :

Allez hop !! Pour une fois, il est permis d'être chauvin et de saluer l'influence qu'eut notre pays et la bande-dessinée franco-belge sur Jim Shooter et dont il s'appliqua à transposer une partie des codes sur la marché américain, brisant en cela les frontières culturelles.

Toute la branche Epic découle déjà de cette fascination et de la frustration d'avoir laissé s'échapper Métal Hurlant dans les mains de l'éditeur Lampoon (on y reviendra plus tard et papy Stan n'a pas le beau rôle dans cette histoire).

Mais en 1982, les choses s'accélèrent et Shooter entame les grandes manœuvres.
La raison à cela ? Il faut la chercher à peu près deux à quatre ans auparavant (désolé mais je n'ai pas retrouvé la date exacte. J'éditerais le message au besoin) quand Shooter s'échine à sortir la compagnie du chaos éditorial et du marasme économique dans lesquels elle s'enfonçait, Marvel survivant alors principalement grâce à l'énorme succès du comic book Star Wars (succès qui fut lui aussi responsable d'une certaine évolution de la compagnie).
Cherchant alors à valoriser les revenus provenant de l'étranger de son catalogue, le grand (par la taille) Jim prend sa valise et entame un tour du monde afin de vérifier comment les éditeurs licenciés font leur travail, voir comment améliorer cela ou démarcher de nouveaux éditeurs.
Arrivé en France, Shooter se trouve enchanté par les chiffres de ventes et la gestion que fait l'éditeur Lug de son catalogue. Il faut dire aussi qu'il débarque au moment où la revue Strange atteint son plus haut pic de popularité, bien aidée qu'elle est par la diffusion du dessin animé Spider-Man (pourtant vieux des années 60) à la télévision.
Le grand ponte marvélien sympathise avec Claude Vistel directrice de publication et fille d'un des deux fondateurs de Lug.

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Cette dernière amène un jour Shooter à un festival de BD et celui-ci reste ébahi par la diversité, la qualité et le format des albums européens.

Cette découverte resta un bon moment dans l'esprit de l'editor marvélien et en 1982, suite au succès de la revue Epic Illustrated, il décide de tenter « l'expérience européenne » à plus grande échelle en créant d'une part le label Epic Comics et d'autre part la collection des Marvel Graphic Novels.
Ces derniers sont le format qui se rapproche le plus de ce que l'on connaît par chez nous. Les albums sont au format franco-belge, contiennent une histoire indépendante et déconnectée de la continuité (même si ce dernier point change selon les publications) et s'étalant sur plus de pages que le comic book normal, la production des GN n'est pas soumise à l'infernal rythme mensuel et permet donc de faire un travail de qualité supérieure sur les dessins et les couleurs.
Surtout, la collection permet de s'affranchir du cadre du Comics Code Authority (puisque publiée directement dans le cadre du direct market) et d'aborder des sujets inhabituels par rapport aux comics mensuels et donc de toucher d'autres publics effrayés par le format « à suivre » ou qui ne trouve habituellement pas d'intérêt au genre superslip.

Au final, la collection s'avèrera assez polymorphe (ou bordélique, selon votre point de vue) comme nous le disions plus tôt : aventures de super-héros reprises ou pas dans la continuité selon le bon vouloir des auteurs, annexe aux adaptations de films après l'arrêt de la collection Marvel Super Special, présence de creators owned, séries venant de chez Epic ou en partance vers ce label...
Bref, c'est l'auberge espagnole à la Marvel Fanfare, à grande échelle cette fois-ci.
Malgré cela, la ligne survivra assez longtemps s'arrêtant officiellement en 1990 mais continuant en fait officieusement jusqu'en 1993, totalisant ainsi 75 œuvres (plus 6 autres publiées par Marvel UK).
Durant cette intervalle, les lecteurs purent assister à l'apparition d'histoires qui ont marquées les mémoires, à d'autres qui mériteraient d'être redécouvertes et à certains jolis gadins aussi (surtout vers la fin de la collection en fait).

Mais nous n'en sommes qu'au début et à ce moment là, Marvel sait qu'elle doit taper un grand coup pour imposer sa nouvelle collection. Ce sera chose faite grâce aux imaginations conjointes de Milgrom et Shooter qui trouvent un pitch surprenant et le confie à un artiste ayant livré certaines des œuvres les plus intéressantes des seventies. Cette alliance fera du premier Marvel Graphic Novel un succès commercial et critique qui marquera plusieurs générations de lecteurs et est depuis considéré comme un des grands classiques de la compagnie : The Death of Captain Marvel.

(que je traiterais entre demain et dimanche)
(oui, je sais, branleur :lol: )

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Dernière édition par Winnetouch le Sam 13 Sep 2014 16:02, édité 1 fois.

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The Death of Captain Marvel (Jim Starlin) :

Réfléchissant à leur premier projet de graphic novel, Shooter et Milgrom cherche l'idée qui pourra leur assurer à la fois une couverture médiatique importante, de grosses ventes et une reconnaissance critique jusqu'à ce qu'un pitch prometteur se construise lors d'une conversation entre les deux hommes.

En 1982, Marvel est en train de découvrir tout le potentiel bénéfique (commercialement parlant) de la mort suit aux décès conjugués de la Phoenix de Claremont et de l'Elektra de Miller et qui permirent de faire entrer ces deux runs directement au panthéon des aventures super-héroïques.
Les deux editors se disent donc que centrer leur premier graphic novel sur la mort d'un de leurs héros peut s'avérer quelque chose d'intéressant sur tous les plans.
Continuant à creuser la question, nos deux compèrent se demandent quel héros de leur écurie pourrait faire l'affaire avant que leur choix ne se fixe finalement sur Captain Marvel.
Plusieurs raisons guident ce choix. Premièrement, le pauvre Cap est un personnage qui n'a jamais fait des ventes mirobolantes (mis à part durant le run de Starlin mais pas de quoi bondir de sa chaise non plus) et qui encombre le staff éditorial tant les auteurs ne savent pas quoi faire de lui (il fut un peu tout et n'importe quoi avant l'arrivée de Starlin, tandis que les successeurs de ce dernier ne firent que du « sous-Starlin »). D'ailleurs, Mar-Vell a vu sa série interrompue à plusieurs reprises avant que celle-ci ne s'arrête définitivement en 1979, le personnage disparaissant du paysage marvélien l'année suivante. C'est finalement un héros parfaitement sacrifiable.
De plus la symbolique du non permet de marquer les esprits (Captain MARVEL, rappelons-le) et de soulever un brin de « buzz » étant donné la longue bataille qu'a livrée la compagnie face à DC pour conserver le titre de la série et le nom du personnage (de fait, un nouveau Captain Marvel est crée dans la foulée par un Roger Stern commissionné par Shooter afin de garder ce droit).
Reste maintenant à donner un caractère spécial à ce décès afin de marquer la différence entre cette nouvelle collection et la production mensuelle classique. L'option suicide ayant déjà été défrichée par par Starlin (Warlock) et Claremont (Phoenix) et le décès au combat constituant le tout venant (quoique discret à l'époque) du monde super-héroïque, les deux hommes trouvent leur grande idée en confrontant leur héros à ce qui constitue la manière de mourir la plus courant mais aussi peut-être la plus effrayante, la mort par maladie.
En confrontant leur héros au cancer, Shooter et Milgrom ouvrent la porte à tout un pan jusqu'alors ignoré dans le mainstream super-héroïque et qui leur permet d'aborder des sujets plus adultes de manière frontale tout en adoptant un ton qui se veut plus mature.

Une fois le projet finalisé et vu les caractéristiques, le thème et le héros du récit, un choix s'impose comme une évidence dans la tête de Milgrom : Jim Starlin.

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En effet, choisir Starlin pour ce premier Graphic Novel semble couler de source.
Après tout, il fut celui qui donna ses plus belles pages au guerrier kree et son nom est si intimement lié à celui de Mar-vell que beaucoup croient qu'il est le créateur du personnage.
De plus, la question de la Mort est un thème récurrent (et c'est peu de le dire) dans l'oeuvre du scénariste-dessinateur qui semble obnubilé par tous les aspects qu'entretien l'être humain avec sa finalité.
Dernier point sur le curriculum vitae de Starlin intéressant pour son éditeur est que le brave Jim, s'il est un produit de l'école Marvel, est de plus en plus tenté par la liberté créatrice offerte chez les indépendants en train d'éclore. Ainsi, il a contribué à lancer l'éphémère revue de science-fiction Star*Reach (ah mince ! Je l'avais oublié celle-là. Il faudra que j'en parle aussi) au milieu des années 70. De même, depuis 1976, il a fait plusieurs incursions dans les pages des magazines Warren et se trouvait déjà au sommaire de Epic Illustrated (qui fut en partie crée pour lui mais on y reviendra).
A ce moment de sa carrière, Starlin souhaite lâcher définitivement le genre super-héroïque et le « work for hire » pour se consacrer à son « creator owned », Dreadstar (d'ailleurs, mis à part le projet spécial Heroes against Hunger, on ne verra plus son nom accolé à des personnages du Dcverse ou du Marvelverse jusqu'en 1987).
Dans un premier temps, Jim Starlin refuse la proposition de revenir sur le personnage qui l'a fait connaître jusqu'à ce qu'il prenne connaissance du sujer de l'album et décide que celui-ci sera son dernier travail super-héroïque.
En effet, il faut signaler qu'à l'époque le père de l'auteur est lui-même en train d'agoniser du crabe et que Starlin y voit là le moyen d'exorciser ses démons, de coucher ses réflexions et sentiments sur le papier et de rendre un dernier hommage à son paternel.

Premier album d'une collection qui se veut différente, mort d'un personnage portant le nom de la compagnie, sujet inédit dans le cadre super-héroïque, chant d'adieu à un genre (enfin, un « au revoir » vu la suite :lol: ) d'un auteur qui l'aura bien servi, et hommage au père. Tout est réuni pour faire de ce premier Graphic Novel un projet très spécial.

Et spécial, il l'est tant le résultat se montre à la hauteur des ambitions affichées.
Le résultat est une véritable plongée dans l'intime, nous confrontant à la question qu'on évite durant la majeure partie de notre vie tant les perspectives de celle-ci nous effraient.
Pour un jeune lecteur de Marvel (ce qui était mon cas à l'époque où je l'ai lu), c'est un choc tant Starlin s'évertue à montrer les choses sans fard, à nous plonger dans ce qu'il y a de plus intime et donc de plus universel dans l'être humain.
L'auteur adopte un ton plus encore plus intime que dans ses œuvres précédentes, la présence des combats étant réduite au minimum (2 pour être précis et chacun dans un but bien spécifique) et le scénariste faisant ici preuve de plus de concision (enfin, ça reste du old-school quand même :lol : ) et de moins de « lyrisme adolescent » (même s'il ressurgit par moment ici ou là) que le ton qu'on pouvait trouver dans ses Warlock (ceci n'est pas une critique, hein!).
Clairement, on sent le passage à « l'âge adulte » de Starlin (auquel le personnage de Marvel mais encore plus de Rick Jones font écho) en se trouvant confronté à l'évènement qui signe définitivement ce passage (encore plus que n'importe quel diplôme, dépucelage ou service militaire), la mort du « Père ».
Même le graphisme se met diapason, le dessinateur adoptant ici une mise en page plus sobre, moins psychédélique et allégorique (exception faite des deux combats mais on y revient plus loin) que ses travaux antérieurs. Pareillement, le dessin de Starlin se fait plus « raide » (il s'encre ici lui même) et si le résultat n'égale pas sa collaboration avec Rubinstein sur le dyptique signant les morts de Thanos et Warlock, il adopte ici un caractère qui colle parfaitement à l'histoire. Son Captain Marvel apparaît hiératique, figé dans le décor, un être déjà mort, un fantôme à peine distinguable par son costume coloré (qui disparaîtra d'ailleurs avant la fin du récit).
Cette impression est renforcé par les couleurs de Steve Oliff qui traite les textures des personnages et des décors au même niveau donant parfois l'impression que les premiers sont avalés par leur environnement comme l'univers ré-avale l'être humain à la fin.
Signalons d'ailleurs le très grand soin apporté par Starlin aux décors et qui prennent ici par moments un tournure toute moebiusienne, simonsonienne voir ditkoïenne dans la scène finale.

Mais avant de tourner la page finale (à tous les niveaux), Starlin nous aura livré dans un geste à la fois courageux et impudique, sa réinterprétation de l'échelle d'Elizabeth Kübler-Ross (Déni-colère-marchandage-dépression-acceptation) et trouvé un certain réconfort dans une certaine approche orientale de la vie (n'oublions pas que Starlin est un ancien hippie et qu'il est le créateur de Master of Kung-Fu).

Ainsi, l'album commence orné d'une couverture pastichant La Pieta de Michelangelo,

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et s'ouvre sur un combat avec les fidèles d'un Thanos monté en idole de pierre en attente de sa résurrection et qui sonne comme un violente charge contre le christianisme.
Le reste de l'album voit l'entourage de Marvel se tourner vers la Science et ses promesses de progrès qui ne résoudront jamais tout tandis que Marvel apprend à accepter son destin en réalisant que finalement, il a eu une « bonne vie » et que c'est tout ce qui importe.
Une fois accepté ce fait, le combat final contre Thanos rejoue sur le mode allégorique le combat de Marvel jusqu'à celui-ci accepte à nouveau le caractère éphémère de la vie et puisse voir la mort sans fard et accepter son passage vers l'éternité, quoi quelle que soit la nature de l'éternité.

Une très belle réussite et un jalon dans la longue évolution du genre super-héroïque (et tant pis pour les grincheux qui se gaussent du fait que Marvel se mélange les pinceaux en retranscrivant ses mémoire, de la présence d'un Hulk pacifique ou du fait que les génies de l'univers Marvel peuvent inventer des molécules instables mais pas trouver de remède au cancer (si si, ces gens existent), il n'ont rien compris).
Un album qui s'impose d'emblée comme un incontournable (il fut rééditer X fois aux USA et 3 fois en France) et qui constitue le testament de Starlin pour ce qui concerne sa participation au genre super-héroïque tant il ne fera plus preuve de la même flamme lors de ses retours successifs (et attention, j'adore Rebirth of Thanos et Infinity Gauntlet mais ça boxe un cran en-dessous quand même).

Non, le seul héritage gênant, c'est ce qu'en firent les auteurs et editors postérieurs. Entre les idées de résurrection débile à la Millar d'un personnage qui finalement ne s'était réalisé que par son décès (comme Kraven) ou les idiots Loeb et Johns qui nous rejouent les 5 étapes du deuil en boucle avec infiniment moins de poésie, ce sont bien les seuls reproches qu'on peut faire à cet album (mais qui ne sont pas de son fait).

Fort de ce succès sur tous les plans, Marvel étrenne sa nouvelle gamme et prépare la suite avec un album qui trouve sa place naturellement après celui-ci puisque consacré au héros d'un auteur qui a énormément marqué le Starlin des seventies.

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Winnetouch a écrit:
Une très belle réussite et un jalon dans la longue évolution du genre super-héroïque (et tant pis pour les grincheux qui se gaussent du fait que Marvel se mélange les pinceaux en retranscrivant ses mémoire, de la présence d'un Hulk pacifique ou du fait que les génies de l'univers Marvel peuvent inventer des molécules instables mais pas trouver de remède au cancer (si si, ces gens existent), il n'ont rien compris).


Comme ceux qui demandaient ce que faisait le Silver Surfer faisait dans l'espace avec les autres héros.(Il était prisonnier sur Terre à l'époque).A l'époque où je l'ai lu , la première édition Lug , je m'étais dit que Galactus avait accordé une permission au surfer afin qu'il rende un dernier hommage au guerrier Kree.Je n'attendais pas d'explication.Mais j'ai appris , il y a peu , que ce surfer a été changé en Skrull... bbbbb^^ e'(-yhj ggg^^ ggggg^^
Ca doit être pour satisfaire le lectorat dont tu parles.
Je préfère rester sur ma propre continuité ! :lol:

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Après vérifications, l'imposteur skrull c'est une idée d'Englehart dans le numéro 14 de sa série sur le Surfer.

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Michael Moorcock's Elric : The Dreaming City (Roy Thomas/P. Craig Russell) :

Ainsi, le second Graphic Novel de Marvel est une adaptation du Elric de Moorcock et, pour surprenant que soit ce choix au premier abord, il apparaît quand même assez logique et finalemant alléchant pour les lecteurs du premier ouvrage de la collection.

En effet, les aventures de prince de Melniboné eurent une influence certaine sur un certain nombre de créateurs américains et ses thèmes furent bien vite digérés dans le monde des comics par plusieurs auteurs, au premier rang desquels on trouve Roy Thomas (« scénariste » de cette adaptation) ou Jim Starlin.
De plus, cet album n'est pas réellement une production Marvel, d'ailleurs Milgrom est singulièrement absent des crédits. En fait, il s'agit de la reprise d'un feuilleton paru durant les seventies dans le magazine Star*Reach et donc Jim Starlin fut l'un des créateurs (du mag).
Star*Reach fut, avant Heavy Metal, l'un de ces premiers ponts tendus entre comics underground et mainstream ou, comme l'appelait son créateur Mike Friedrich, une tentative de comic book « ground level » (et du coup, je vais devoir l'inclure aussi dans ce dossier :lol: ). Le magazine vit le jour en 1974 et permit à un certain nombre de créateurs de s'exprimer hors du cadre contraignant de Marvel ou DC avant de s'éteindre en 1979.
Au milieu de récits produit par, entre autres, BWS, Chaykin, Starlin ou bien Simonson, on trouva donc ce feuilleton consacré aux aventure du héros albinos de Moorcock et qui resta inachevé à cause de la lenteur maniaque du dessinateur.
Quelques temps plus tard, une bonne partie de l'équipe S*R étant revenu dans le giron de Marvel, et plus particulièrement d'Epic, on offrit aux deux auteurs d'enfin publier cette adaptation dans sa version intégrale.
Il est même tout à fait possible que cette histoire devait être publiée à l'origine sous le label Epic mais n'y trouva pas, pour une raison ou une autre, sa place. En effet, le magazine Epic Illustrated republia le segment paru précédemment chez S*R et après ce Graphic Novel, P. Craig Russell continuera un temps l'aventure au côté du héros de Moorcock mais cette fois-ci dans le giron d'Archie Goodwin.
En attendant, on se retrouve avec un excellent MGN qui ne fut publié qu'une seule fois en France par Aredit, il y a de cela bien longtemps.

Mais Elric et son créateur Michael Moorcock donc.

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L'oeuvre de Moorcock est, à l'instar de celle de Tolkien ou de Howard, devenu l'un des piliers de la Fantasy et les aventures du prince albinos constituent probablement la partie la plus populaire de cette œuvre. Je ne vais pas m'attarder beaucoup sur Michael Moorcock et son œuvre en général car ce n'est pas ici le propos, et je suis sûr que d'autres fans de l'auteur britannique pourront en parler très bien dans le topic adéquat.
Toujours est-il que les thèmes, l'univers et les personnages de Moorcock trouvèrent très vite écho chez beaucoup d'auteurs de part le monde et qui trouvèrent dans cette œuvre matière à inspiration.
On peut citer entre autres Starlin donc, mais aussi Alan Moore, Grant Morrison, Bryan Talbot, Moebius, Caza, Philippe Druillet... ou encore P. Craig Russell et Roy Thomas puisque c'est d'eux que l'on parle aujourd'hui.

Thomas « adapte » ici la premier nouvelle ayant mis en scène Elric de Melniboné, The Dreaming City, et qui constitue une rupture et un renouvellement dans le genre de la Fantasy (ou Sword and Sorcery ou comme vous voulez l'appeler). Rejetant farouchement l'héritage de Tolkien, prenant le contrepied total d'Howard (Moorcock hait Tolkien et adule Howard) et se plaçant sous l'influence de Brecht (de l'aveu même de l'auteur), Michael Moorcock crée un héros proprement fascinant.
Albinos, souffreteux, noble, malingre, décadent, drogué, traître et héros, oscillant en permanence entre Eros et Thanatos, guidé autant par ses passions que par ses faiblesses, entretenant une relation d'amour-haine avec l'épée qui lui donne ses forces, Elric est un être tiraillé de pulsions contradictoires qui tranche avec le monolithique Conan et qui rejoint les grandes figures tragiques de la littérature.
Derrière tout cela, on y voit aussi le symbole d'une époque qui change et le rapport conflictuel qu'entretient l'auteur avec son pays et qui imprègne toute son œuvre. The Dreaming City trouve alors un écho particulier dans une jeunesse anglaise assistant alors aux derniers soubresauts de la lente chute l'Empire britannique et choisissant de tirer un trait définitif, voire d'en précipiter la chute, sur ce monde en voie d'extinction pour embrasser la vénéneuse contre-culture de son ex-colonie. Cette même contre-culture qui trouvera aussi un écho dans ces romans lorsque le conflit vietnamien viendra marquer la fin du Rêve Américain (sans compter toutes les références directes à la drogue qui ne purent que passionner une génération alors en plein dans les expériences lysergiques).

C'est donc à Roy Thomas que l'on doit l'introduction d'Elric dans la bande-dessinée américaine.

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Barry Windsor Smith et lui firent apparaître le prince de Melnibone une première fois dans leurs Conan en en livrant une version très... contestable (pour être gentil).
Conscient de cet état de fait, les deux auteurs reviendront (séparément) à de nombreuses reprises sur l'univers de Moorcock pour effacer ce péché originel, en particulier Thomas qui effectue ici son premier travail entièrement consacré à Elric avec cette « adaptation » de la première nouvelle de Moorcock.
Thomas est un auteur pour lequel j'ai des sentiments au moins aussi ambigus que ceux que j'ai pour Bendis tant son héritage est problématique. Si l'on peut trouver intéressant son travail pour donner une plus grande cohérence aux univers Marvel et DC, le remercier d'avoir réussi à rattacher les comics à leurs racines pulps grâce à la réintroduction de figures du Golden Age et d'avoir fait connaître à toute une génération les grands classiques du Pulp (au premier rang, l'oeuvre d'Howard), Thomas est aussi le premier de ces fanboys passés professionnels.
Ainsi, en bonne « encyclopédie sur pattes » qu'il est, son obsession pour une continuité de faits contribua à (long) terme à alourdir et enfermer les deux grands univers comics dans un cadre très rigide, tout en leur faisant perdre un certain sens de l'auto-dérision très pop qu'on trouvait auparavant.
Ses adaptations des romans populaires, pour très agréables qu'ils soient, transpirent aussi parfois ce respect de fan avec le doigt sur la couture de pantalon comme si Thomas souhaitait se cacher dans l'ombre protectrice des œuvres qu'il vénèrent ou réaliser ses rêves humides d'ancien lecteur sans faire preuve de réel travail « d'adaptation ». Ainsi, John Buscema déclara plusieurs fois en interview comment il reçut plus d'une fois des pages arrachées dans des romans de Conan comme scripts.
Ainsi, ne faisant pas toujours preuve d'un réel travail de transposition du roman vers la bande-dessinée, les comics de Thomas peuvent s'avérer parfois assez lourds à lire (un peu comme du Claremont des mauvais jours).
Ce Dreaming City entre un peu dans cette catégorie vu les pavés de textes parfois inutiles qu'inflige Thomas et qui encombrent un peu les pages comme si le scénariste ne faisait pas confiance au pouvoir du dessin. Néanmoins, la qualité d'écriture de Moorcock est assez forte pour faire passer le tout et nous faire replonger une fois de plus avec délectation dans l'univers du prince déchu.

Non, le véritable intérêt de ce Graphic Novel c'est P. Craig Russell.

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Ayant fait ses classes chez Marvel sur certaines des séries les moins super-héroïques de l'éditeur (Morbius, Killraven, Dr Strange... ) avec un dessin condensant les influences conjuguées de Ditko, Steranko et surtout Windsor Smith, P. Craig Russell quitte bien vite le monde des éditeurs mainstream où il ne reviendra que très rarement et principalement pour des travaux d'encrage.
Faisant partie de ces artistes pour lesquels n'existent aucune frontière entre cultures classique et populaire, il participe, entre autres, aux expériences Star*Reach et Epic dans lesquels il laisse éclater son goût pour la science-fiction, le fantastique, le féérique, la littérature « classique » (sa très jolie histoire sur le suicide de Mishima, entre autres choses) et surtout son amour pour l'opéra, réussissant le tour de force de rendre passionnants les adaptations d'oeuvres tels que Parsifal ou Siegfried pour des gens qui pourraient prendre leurs jambes à leur cou à la simple mention de noms tels que Wagner ou Strauss, leur montrant ainsi toute la puissance, la magie et le caractère intemporel de ces œuvres.
Bref, Russell est un artiste qui brise les frontières et il s'applique à cela aussi dans son dessin qui est alors en pleine mutation et se révèle dans toute sa beauté tel un papillon surgissant de sa chrysalide.
Creusant de plus en plus les influences des artistes qui l'ont lui-même inspiré, il remonte aux sources et mêle à ses influences comics des inspirations venant du manga, de peintres japonais, de la Renaissance italienne et des préraphaélites (ce qui n'est pas nécessairement contradictoire), pes peintres symbolistes, des illustrations naïves du Dr Seuss et surtout de Walt Disney et des influences derrière ce dessin animé qui l'obsède depuis sa plus tendre enfance, La Belle au Bois dormant (ce qui est une preuve de bon goût :mrgreen: ).
Le graphisme développé par Russell ne fera pas vraiment école parmi les dessinateurs américains à l'exception de quelques grands noms (un peu le Paul Smith de Dr Strange, un peu chez Michael Golden et beaucoup chez le Mignola pré-Hellboy qui vit certains de ses meilleurs travaux encrés par le maître), il reste néanmoins l'un des plus beaux jamais proposé dans les comic books.
Et tout ce talent éclate dans cette adaptation d'Elric qui devient le premier succès à grande échelle de ce dessinateur malheureusement trop peu traduit en France.
L'univers fantastique d'Elric, le caractère tragique du héros, la décadence raffinée des Melnibonéens, tout ce crépuscule apocalypte wagnérien... tout cela ne pouvait que plaire à Russell qui s'applique à sublimer le récit dans une succession de pages au graphisme débridé et sublime. Le trait de Russell réussissant cet exploit de représenter ses personnages et ses décors tour à tour sous leur apparences les plus réalistes, expressionnistes et symboliques d'une manière tellement naturelle qu'elle fait songer à la nature mouvante des songes. Les personnages semblant flotter puis se fondre dans des décors eux-mêmes vecteurs/représentations d'émotions dans une fluidité tellement parfaite qu'elle fait comprendre à elle seule la lenteur méticuleuse du dessinateur.
Le personnage et le monde d'Elric passionnent tellement P. Craig Russell, qu'il reviendra dessus plusieurs fois tout au long de sa carrière.

Rien que pour les dessins, cet album vaut l'achat tellement il justifie à lui seul l'appellation GRAPHIC novel.

Une très belle réussite qui doit tout à son dessinateur et à l'inspiration qu'il trouva dans la puissance de la nouvelle de Moorcock.
Et comme dans un mouvement de la Balance Cosmique, alors que Russell part prolonger l'expérience Elric sous le label Epic, le tome suivant de la collection Marvel Graphic Novel sera une fois de plus l'oeuvre de Jim Starlin qui y ramène son Dreadstar précédemment publié dans Epic Illustrated.

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Et pour le plaisir des yeux :

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(grrrr... je trouve pas la page avec le Yirkoon « mécanique » qui est juste sublime)

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Merci Thierry ff^^

(en amateur de Moorcock et d'opéra que tu es, je ne suis pas surpris de découvrir du Craig Russell dans ta bibliothèque)

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C'est très gentil mais tu m'attribues des connaissances qui ne sont pas les miennes. Autant je plaide coupable pour Moorcock, et je ne suis pas trop mauvais non plus en opéra, autant dans le domaine des dessinateurs, mon savoir n'est certes pas égal au néant mais je vole plus en rase-moquette qu'autre chose.

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Winnetouch a écrit:
(oui, je sais, branleur :lol: )

Moin que celui qui fait la chronique de Planetary.


Sinon vachement bonne chronique comme d'habitude.

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fitz a écrit:
Winnetouch a écrit:
(oui, je sais, branleur :lol: )

Moins que celui qui fait la chronique de Planetary.


Oui mais lui c'est mon maître es-branle. C'est le Yoda de l'onanisme :lol:

fitz a écrit:

Sinon vachement bonne chronique comme d'habitude.


Merci et content que tu apprécies ff^^

Attends que je traite des graphic novels du Docteur et tu pourras m'incendier :lol:

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Et histoire de me permettre de faire un correctif, ce commentaire du Cartlarge à qui j'avais montré mon texte.

Citation:
Je ne saurais par contre être capable de dire si c'est bien "contre" le christianisme", l'idée du, la foi, plus que le l'église en elle même.
En un sens, c'est un homme de foi Starlin, purement. Détaché des contraintes viciées de l'ordre imposé de ceux qui disent "savoir".


En effet, mon texte pouvait prêter à confusion, et c'est bien plus l'institution elle-même que Starlin semble critiquer (il a fait sa scolarité dans une institution gérée par des religieuses et en garde un très mauvais souvenir).

Et histoire de montrer à nouveau comme il aime bien titiller l'Eglise tout en restant fasciné par celle-ci:

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Elric de Melniboné.
Michael Moorcock tient beaucoup à cet accent. e^^
Dans les influences de M. Moorcock, citons aussi Poul Anderson pour le conflit Ordre vs Chaos. "Trois coeurs, trois lions" est, à ce titre, exemplaire.
L'influence de Edgar Rice Burroughs aussi est importante. On s'en rand en lisant la trilogie martienne de Moorcock. Alan Moore y fait d'ailleurs référence dans la Ligue des Gentlemen Extraordinaires

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TRilogie martienne récemment resortie en un seul volume. Et c'est du ERB craché (ce que Moorcock assume pleinement) mais conçu alors qu'il commence juste à écrire.

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phil a écrit:
Elric de Melniboné.
Michael Moorcock tient beaucoup à cet accent. e^^


Corrigé. Mea Culpa jjj^^

Et merci thierry pour l'info qui me permettra d'enfin découvrir la Trilogie Martienne.

(Ca me rappelle qu'il faudrait que je me remette en quête de London Bones, tout ça)

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Winnetouch a écrit:
Merci et content que tu apprécies ff^^

Attends que je traite des graphic novels du Docteur et tu pourras m'incendier :lol:

Pourquoi j'incendierais quelqu'un qui s'intéresserais au Docteur ?

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Localisation: Chez moi quand je suis ici
Winnetouch a écrit:
phil a écrit:
Elric de Melniboné.
Michael Moorcock tient beaucoup à cet accent. e^^


Corrigé. Mea Culpa jjj^^

Et merci thierry pour l'info qui me permettra d'enfin découvrir la Trilogie Martienne.

(Ca me rappelle qu'il faudrait que je me remette en quête de London Bones, tout ça)


Je viens de vérifier : attention, c'est aussi du France Loisirs.

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Collection Omnibus.Aux Presses de la Cité.
La trilogie plus deux textes: Sojan (Qui n'est pas inédit) et La sorcière perdue (Qui l'est)
Pour éviter France Loisirs

Dans la même collection:
Le cycle d'Elric
La légende de Hawkmoon (J'ai une tendresse particulière pour les quatre premiers volumes: un allemand qui se bat avec les résistants français contre l'occupation Granbretonne, c'est... très anglais comme histoire.)

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Sois précis. De la Camargue, chez moi quoi !

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